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DataLittéracie

Module 04

Représenter : tableaux et graphiques

Un graphique n’est pas une décoration : c’est un argument. Bien choisi, il rend une idée évidente ; mal choisi, il la brouille ; truqué, il ment. Apprends à choisir la bonne forme et à repérer les pièges.

  • Environ 13 min
  • À voir avant : module 2
  • Mis à jour le

La situation

Chez Cap Sportif…Pour l’assemblée générale, un bénévole propose un grand camembert en 3D « parce que c’est joli ». La présidente préférerait « un graphique qui montre qu’on grandit ». Le bon graphique, c’est le plus joli ?

L’analogie

Palier 1 : En bref · j’ai 2 minutes

Un bon graphique part d’un message : on choisit la forme qui le rend évident (comparer, suivre dans le temps, montrer des parts, annoncer un chiffre), on évite les pièges qui déforment la réalité, et on le rend lisible par tout le monde.

Palier 2 : Je veux comprendre

Choisir la forme, éviter les pièges, penser à tout le monde

Commencer par le message, pas par le graphique

Avant d’ouvrir le moindre logiciel, écris en une phrase ce que le graphique doit faire comprendre : « le yoga a presque doublé en deux saisons », « la moitié des inscriptions arrive en septembre ». Cette phrase deviendra souvent… le titre du graphique. Un titre qui dit le message (« Le yoga a presque doublé ») vaut mieux qu’un titre qui décrit les axes (« Adhérents par section et par saison »).

À chaque message sa forme

Ce que tu veux montrer Forme conseillée À éviter
Comparer des catégories barres horizontales triées camembert à nombreuses parts
Une évolution dans le temps courbe (ou colonnes si peu de points) camembert, barres horizontales
Les parts d’un tout barres triées avec pourcentages ; camembert si 5 parts au plus courbe
Un chiffre clé le chiffre en grand, avec son évolution et sa source un graphique où il se noie
Des valeurs précises à consulter un tableau un graphique trop chargé
Un lien entre deux mesures nuage de points deux courbes sur deux axes différents

Le tableau n’est pas l’ennemi du graphique : c’est son complément. Beaucoup de lecteurs (et tous les lecteurs d’écran) ont besoin des chiffres exacts.

Les pièges classiques

  • L’Axe tronqué : Un axe vertical qui ne commence pas à zéro : il exagère visuellement les différences entre des barres.Image : Une photo prise en très gros plan qui fait paraître une petite différence de taille énorme : le cadrage trompe, sans qu’un seul chiffre soit faux. Voir dans le glossaire : des colonnes qui partent de 90 au lieu de 0 transforment une hausse de 9 % en envolée spectaculaire. Pour des barres et des colonnes, l’axe part de zéro, toujours.
  • Le temps en accordéon : des années régulièrement espacées alors qu’il en manque plusieurs rendent une évolution plus brutale qu’elle n’est.
  • Le camembert impossible : quand plusieurs réponses sont possibles, les pourcentages dépassent 100 % ; un camembert ne peut pas les représenter.
  • La surcharge : douze couleurs, trois axes, des valeurs sur chaque point… Le lecteur ne sait plus où regarder. Un graphique, un message.
  • Les effets spéciaux : la 3D déforme les proportions (la part au premier plan paraît plus grosse), les ombres et les dégradés distraient.
  • Le choix de la période : en commençant la courbe juste après une année exceptionnelle, on peut fabriquer une baisse… ou une hausse. Demande-toi toujours pourquoi le graphique commence à cette date.
  • La Corrélation : Deux grandeurs qui varient ensemble. Cela ne dit pas laquelle cause l’autre, ni même s’il y a un lien de cause.Image : Les ventes de parapluies et les ventes de bottes montent ensemble certains jours : les deux suivent la pluie, sans que l’une cause l’autre. Voir dans le glossaire présentée comme une cause : deux courbes qui montent ensemble ne prouvent pas que l’une entraîne l’autre (module 5).

Un graphique pour tout le monde

  • Jamais la couleur seule : environ 8 % des hommes et 0,5 % des femmes ont une vision des couleurs altérée. Ajoute des étiquettes directes, une légende, un ordre logique.
  • Des contrastes suffisants entre le texte, les barres et le fond.
  • Un texte alternatif qui dit le message et les valeurs clés (« Colonnes : 88, 95 puis 104 adhérents, hausse de 18 % en deux saisons »), et si possible le tableau des données.
  • Des textes lisibles sur téléphone : pas d’étiquettes minuscules ni de légende à déchiffrer.

À toi de manipuler

Mêmes données, six façons de les montrer. Choisis ton message, puis essaie les formes : le verdict change selon ce que tu veux dire.

Démonstration interactive

Le labo à graphiques

Change de message et de forme, puis active les pièges pour voir ce qu’ils font à la réalité.

1. Ton message
2. Ta forme de graphique

Adhérents par section, saison 2025-2026

23 %17 %18 %21 %12 %
  • Football (24, 23 %)
  • Basket (18, 17 %)
  • Natation (19, 18 %)
  • Tennis de table (9, 9 %)
  • Yoga (22, 21 %)
  • Randonnée (12, 12 %)

✗ À éviter

L’œil compare mal des angles, surtout avec six parts de tailles voisines : Basket et Natation semblent identiques. Pour comparer, préfère des longueurs.

Démonstration interactive à retrouver en ligne : https://hylst.fr/datalitteracie/modules/representer/#demo

Palier 3 : Je veux creuser

Ce que l’œil perçoit bien, le facteur de mensonge, les couleurs

Une hiérarchie de la perception

Des travaux de psychologie de la perception, notamment ceux de William Cleveland et Robert McGill (1984), ont classé les « codages visuels » selon la précision avec laquelle nous les lisons. En gros, du plus précis au moins précis :

  1. la position sur une échelle commune (des points ou des barres alignés sur un même axe) ;
  2. la longueur ;
  3. l’angle et la pente ;
  4. la surface ;
  5. la couleur (intensité, teinte).

Voilà pourquoi des barres alignées battent un camembert (angles et surfaces) pour comparer, et pourquoi une carte colorée donne une impression générale plutôt que des valeurs précises.

Le « facteur de mensonge »

Le statisticien Edward Tufte a proposé une mesure simple : le lie factor, rapport entre l’effet montré par le graphique et l’effet réel dans les données. Dans l’exercice de ce module, la colonne 2026 paraît près de trois fois plus haute que celle de 2025 pour une hausse réelle de 9 % : le facteur de mensonge dépasse 15. Un graphique honnête a un facteur proche de 1.

Trois familles de palettes

  • Catégorielle (des teintes distinctes) pour des catégories sans ordre : les sections du club.
  • Séquentielle (une seule teinte, du clair au foncé) pour une grandeur ordonnée : le nombre d’adhérents par commune.
  • Divergente (deux teintes de part et d’autre d’un milieu neutre) pour un écart à une référence : la variation par rapport à l’an dernier, en hausse ou en baisse.

Les palettes « arc-en-ciel » sont à éviter : elles créent des frontières qui n’existent pas dans les données et se lisent mal en cas de daltonisme. Des outils vérifient désormais automatiquement les contrastes et la lisibilité en vision altérée ; c’est ce qui a servi à choisir les couleurs de ce site.

Les outils

Pour produire des graphiques propres sans coder : un tableur (LibreOffice Calc), des services en ligne spécialisés (Datawrapper) ; pour les développeurs : des bibliothèques comme Observable Plot, D3.js, Vega-Lite ou matplotlib. Quel que soit l’outil, les règles de ce module s’appliquent : c’est le message qui décide, pas le logiciel.

Exercice corrigé

Quatre graphiques préparés pour l’assemblée générale. Certains trompent, volontairement ou non.

Quatre graphiques pour l’assemblée générale

Le bureau prépare quatre graphiques pour l’assemblée générale. Coche tous ceux qui sont trompeurs.

A · Cotisations (k€)901059510420252026B · Adhérents par section0Football24Yoga22Natation19C · Pourquoi Cap Sportif ?(plusieurs réponses possibles)60 %45 %25 %ambiance 60 %prix 45 %proximité 25 %D · Adhérents depuis 20196062951042019202020252026
Quatre graphiques pour l’assemblée générale

Étude de cas

Fil rouge · Cap Sportif

L’assemblée générale qui a tourné au procès

À l’assemblée générale, le trésorier projette un graphique des cotisations dont l’axe commence à 90 k€. La colonne 2026 écrase celle de 2025. Un adhérent, comptable de métier, lève la main : « Vous nous montrez une hausse de 9 % comme si les recettes avaient triplé. Qu’est-ce que vous nous cachez d’autre ? »

Où est le vrai problème ?

Le trésorier ne voulait tromper personne : il avait gardé le réglage automatique de son tableur, qui « zoome » sur les valeurs. Mais pour l’assemblée, l’intention ne compte plus : un graphique déformé fait douter de tous les autres chiffres. La confiance, longue à construire, se perd en une diapositive.

Comment présenter la même bonne nouvelle, honnêtement ?

Des colonnes qui partent de zéro, avec les valeurs écrites dessus, et un titre qui dit le message : « Cotisations : +9 % en un an (95 k€ → 104 k€) ». La hausse est modeste, mais réelle, et plus personne ne la conteste. Un bon réflexe avant chaque présentation : vérifier l’axe, la période et le titre de chaque graphique.

Pour aller plus loin

  • Datawrapper Academy (en anglais)Datawrapper

    Des dizaines de guides concrets pour choisir un type de graphique, des couleurs lisibles et des titres qui disent le message.

  • Our World in Data (en anglais)Université d’Oxford et Global Change Data Lab

    Un modèle de graphiques clairs, sourcés et honnêtes, sur des milliers de sujets. Idéal pour s’inspirer.

  • Le référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA)DINUM

    Le référentiel français d’accessibilité numérique, avec ses exigences sur les images informatives, les couleurs et les alternatives textuelles.

Mini-quiz

Quelques questions pour vérifier l’essentiel et débloquer le badge du module. Aucune note, aucune limite d’essais.

Question 1 sur 4
Pour montrer l’évolution des présences aux entraînements mois par mois sur deux ans, quel graphique choisir ?